Garachon le Peigneur
Les peintres peignent. Au pluriel. Quoi de plus naturel !
Garachon, lui, est un peintre qui peigne. Quoi de plus singulier !
Naguère, en d’autres temps, je l’ai connu perché sur des échelles branlantes, au fond d’humbles chapelles, maître-verrier en Quercy, ressuscitant des visages de Saints noircis vérolés par les âges.
Plus tard, je l’ai vu travailler sur sa table en peuplier, enchâssant des feuilles de verre écarlates et délicates dans des armatures de plomb, pour en faire des lanternes en forme d’étoiles filantes, afin d’illuminer les longues nuits de Provence où il s’était alors réfugié.
Plus tard encore, je l’ai surpris manipulant des voiles de soie comme autant de vitraux devenus fluides. Testant l’opacité de ses couleurs à la lumière du jour fuyant.Aujourd’hui Garachon, riche de ces techniques artisanales acquises a choisi de s’exprimer sur le monde qui l’entoure. Ce monde, il le décrit à l’acrylique, le liquéfie en de savants mélanges de pâtes qu’il enduit sur la toile : Pigments-Piments. Il peigne un pagne ? Et l’Afrique ouvre la danse !
Surgit alors un défilé de personnages étrangement familiers, mais, relookés têtes de peigne. Une sociologie sauvage à la sauce aborigène : ici le rêve prévaut. Les crinières des femmes aimées s’imbriquent dans le créneau des crânes aimants. La Lune, noix de coco insolite, est bue par un père probablement célibataire et titubant, en mal de mère. Et toujours autour, cette foule bigarrée animée d’un tournis en forme de roue carrée. La musique n’est pas loin derrière, en filigrane, en feeling graine de jazz, mâtiné quelquefois de reggae. Rayures d’un grand pyjama jamaïcain.
Chez Garachon, les contraires se rencontrent, et s’épousent. Le Nord connait la sudation, et le Sud s’enorgueillit du gel. Les blancs sont obliques et les blacks anoblis. Chez Garachon, le mix est max, l’homme-croco y rêve nu. Et l’on y parle aigre-doux sous l’édredon. Mais qu’est-ce ? Le bruit du Kiss ? Ou les pas feutrés des mocassins d’un Sioux dans les salons mondains ?
A propos il me semble soudain vous reconnaître, votre tête me dit quelque chose. Il me semble vous avoir vu récemment, repeigné certes, mais bien présent dans cet univers d’envers de Lune. Entrez-y, même furtivement, vous vous reconnaîtrez fatalement!
Quoi qu’il en soit restez en Paix. Puisque le Peigneur est avec vous !Perig Mahet